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 Examen [8]

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Salao

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Messages : 1674
Date d'inscription : 07/06/2010
Localisation : Sur le pont de commandement, à hurler sur tout ceux qui peuvent l'entendre.

MessageSujet: Examen [8]   Mar 17 Mai - 21:55

En rang. Demi tour, droite. Garde à vous. Salut, devant les insignes Républicain. Déjà trois ans. Le sergent instructeur passe dans les rangs, comme tout les matins. Académie militaire d'Ord Mantell, -9 avant Traité de Coruscant, petit matin, 5h36. Au milieu des rangées de recrues de 21 ans, un jeune adulte, 20 ans, fixe le mur droit devant lui, l'air grave, les paupières lourdes. Le jeune homme, taille moyenne, les cheveux ras, deux perles bleu tonnerre brûlant au fond de ses orbites. Il se tient droit, aussi raide que ses muscles naissant le lui permettent. Comme d'habitude, ce taré de sergent examine chaque recrue, dans une longue et chiante séance, chaque matin. Le jeune homme est au premier rang. En face de lui, le gigantesque symbole républicain, nimbé de lumière azur, illumine le grand hall de l'académie. Il aime ce symbole. Il lui rappelle pourquoi il doit se farcir ce cirque chaque jour de l'année. Pendant les examens du SI, il ferme les yeux et imagine quelles batailles il pourrait livrer au nom de ce simple logo. Lui, affrontant trois siths à la fois, libérant des planètes entières, lui affrontant l'Empereur en combat singulier et le voyant, à ses pieds, le suppliant...

Le bruit des bottes du sergent le ramène à la réalité merdique de ce hall froid, du regard haineux de son supérieur. Il a toujours pensé qu'il ne pouvait pas l'encadrer. Au moment où il passe devant le premier rang, jette un coup d’œil au garçon, puis continue son chemin, le jeune homme sent un choc douloureux sur son flanc droit. Il retient un cri, trébuche et manque de s'étaler devant le reste de la promotion. Mais le bruit de sa botte claquant contre la dalle pour lui évter une chute fait se retourner l'officier. La recrue ne dit rien, juste un regard haineux vers le zabrak à sa droite, un léger sourire aux lèvres, et retourne dans le rang aussi rapidement qu'il le peut. Mais c'est trop tard. C'était justement l'occasion qu'attendait cette pourriture d'instructeur pour égayer cette matinée trop calme. Il se dirige vers le jeune homme, le fixe dans le bleu des yeux. C'était un de ces gros porcs éloignés du front pour une écorchure à la jambe, qui astiquent leur médaille tout les matins en se branlant dessus.

-Qui t'a donné l'autorisation de rompre le rang, recrue ? T'as des problèmes d'équilibre ?

-Non, sergent. M'excuse, sergent.

-J'espère bien, recrue. Au fait, me semble bien que t'as pas encore été de corvée chiottes cette semaine ?

-Si, sergent. Deux fois, sergent.

-Ben tu sais ce qu'on dit, jamais deux sans trois. Et j'veux pouvoir boire mon Kah'Fe dedans, c'est compris ?

-Oui, sergent.


Les connards du fond ricanent.

-SILENCE LES GONZESSES ! Aujourd'hui est un jour spécial, mes loulous. Dans une semaine, examens finaux de sortie d'Académie, et croyez moi ça va m'soulager de plus voir vos tronches dès le matin. Ça m'donne carrément envie de gerber. Pour l'occasion le général Garza va venir assister à l'épreuve, et soyez en sûrs, l'est largement moins coulante que moi, alors je vous conseille de bouger vos miches de paraplégiques pour donner une bonne image de cette Académie. Rompez, allez, foutez moi l'camp.

Le zabrak se tient face au jeune homme, un sourire insolent sur les lèvres, le dépassant d'au moins une tête. Ses muscles sont impressionnants, massifs, les tatouages rituels de son espèce accentuant l'aspect saillant de la stature du guerrier.

-Alors Sorcl, on dirait que c'est encore toi qui va brosser ma merde ? Ça devient une habitude ma parole, on dirait que tu commences à aimer ça.


La recrue ne baisse pas le regard, ses yeux ardents dans ceux de la brute, les sourcils froncés, les poings serrés en signe de défi, jusqu'à avoir les phalanges blanchies. Il ne veut pas frapper. Il ne doit pas frapper. Pas à une semaine de la sortie, pas après trois ans de brossage de chiotte. Le sergent instructeur n'attends qu'une erreur pour le renvoyer sur sa planète de pouilleux à coups de pompes dans le train, il ne doit pas lui faire ce plaisir. Une semaine, juste sept petits jours...




Le réf'. J-4. Comment s'habituer à bouffer des immondices pareilles ? Pourtant, Salao doit manger. Aujourd'hui, exercice de tir. Seul à une table, comme à l'accoutumée, personne n'ose lui demander s'il peut s'assoir ; autant s'adresser à un mur, toute la promo l'avait finalement compris au bout de trois ans. Il joue avec la sorte de pâte jaunâtre dans son plateau, s'imagine des dunes désertiques, des canyons, des paysages immenses et autant de champs de batailles glorieux... Son tir manque la cible d'un demi centimètre. Quatorze heures, terrain d'exercice nord. Le sergent instructeur beugle:

-Toujours aussi mauvais, Sorcl. Suivant !


Le zabrak passe devant lui. Il ne regarde même pas, ne réagit pas plus lorsque l'épaule de cet abruti le bouscule trop violemment pour que ça soit accidentel. Il n'a même pas envie de regarder, il sait très bien: lui ne manque jamais sa cible, ça va faire quatre mois que personne ne l'a battu à un entraînement. Il marche à l'écart du groupe, regarde le blaster dans ses mains. Modèle DC-11A, usé jusqu'à la crosse, il a dû voir passer des dizaines, des centaines de mains de jeunes recrues avides. L'enclenchement des CE est un peu rouillé. La gâchette a du jeu, le pointeur dévie légèrement à 16 heures. Il l'empoigne et le tend devant lui, visant le vide, le mur de l'Académie en duracier gris et froid. Ses mains tremblent, terriblement. Elles tremblent comme à chaque entraînement depuis 36 mois, l'empêchant de dépasser un ratio de 0.25 et se classant dernier du groupe Dorn. Il a démarré dernier, et à quatre jours de l'examen, il reste et demeure dernier. C'est bien simple: l'examen final évalue les recrues par groupes en attribuant des résultats chiffrés à chacun d'entre eux. Chaque groupe comporte 25 recrues. Le premier classé de chaque groupe sort galonné, les 5 derniers sont recalés et renvoyés à la vie civile. Pas ça. Tout sauf ça. Et en trois années, aucun infirmier ou médecin militaire n'a su expliquer les tremblements infernaux de ses mains dès qu'il empoigne une arme. On lui a conseillé de partir. Il a refusé. Encore et encore. La boule au ventre de Salao grandit un peu plus. Il va de nouveau vomir ce soir.




La veille. Enfin, plutôt la nuit précédente. Il doit être pas loin des trois heures du mat', dans un peu moins de deux heures la sonnerie retentira dans les dortoirs, annonçant telle une oraison l'échéance qui empêche des centaines de recrues de dormir. Le jeune Sorcl n'a toujours pas fermé l'oeil. Il se tient debout, face au miroir fêlé des toilettes pour hommes de sa section. Dans le reflet il aperçoit la brosse, posée à même le sol, dans le même état que celui où il l'a laissé la veille. Il a un rictus, se disant qu'au moins, il pourrait toujours se recycler en homme de ménage ; c'est pas l'expérience qui lui manque. Une énième fois il plonge sa tête dans l'eau froide, et se redresse, dégoulinant, une pointe d'affolement au fond de ses yeux. Puis il marche. Il marche, erre dans les couloirs, les murs d'antique pierre froide de l'académie accompagnant son périple dans les dédales glacés du bâtiment. Il passe dans ce qu'on appelle "l'allée des huiles" ; des holoportraits de héros de guerres, d'officiers valeureux et de grands vainqueurs. Il se dit qu'on pourrait mettre un portrait de lui dans les toilettes plus tard. "A combattu fièrement et courageusement ici." Il se cache pour échapper à la vigilance d'un veilleur. Si on le surprenait ici à cette heure, c'était même pas la peine de se pointer à l'exam.

Il finit par déboucher dans le grand hall. Le plafond était fait de sorte que grâce à un jeu de fenêtre et de baies en verre renforcé, la lumière filtre toujours pour éclairer le symbole républicain sur le mur nord. Cette nuit, la lueur bleutée des lunes sublimait la force et la majesté du gigantesque emblème, à un tel point que Salao restait bouche bée devant un tel spectacle, ignorant le froid qui lui mordait les cuisses et le ventre ; le jeune homme n'était vêtu que d'un caleçon. Devant ce symbole resplendissant de beauté et de valeurs, les pensées de la recrue dérivent encore une fois vers des batailles et des victoires imaginaires, mais aussi vers une mélancolie profonde, celle de la désillusion de la réalité. Quand soudain un bruit sourd se fait entendre derrière un sas plus à sa droite. Ceci a pour conséquence immédiate de ramener le jeune homme sur la terre ferme ; il était étrange que durant tout son parcours il n'aie croisé qu'un seul veilleur de nuit. Puis ce sont des voix étouffées. Il ne bouge pas.

Le sas s'ouvre. Il aperçoit la moitié d'un chariot antigrav passer le seuil de la porte, sur lequel trône plusieurs caisses estampillées de l'armée. Ensuite seulement les propriétaires des voix se montrent dans la lumière nocturne: un homme, cagoulé, et une jeune femme au visage découvert, tous deux vêtus de noir et portant un blaster à la ceinture. Les trois insomniaques s'immobilisent complétement et se dévisagent mutuellement. Enfin, après plusieurs secondes, la silhouette masculine attrape son arme et pointe le canon vers le jeune Salao, qui ne bouge pas d'un cil. C'est un gros calibre, modifié ; ils ne font certainement pas partie de la garnison, et encore moins de l'armée. Le jeune nudiste prend conscience après cette réflexion que le dit calibre est pointé en ce moment même vers sa poitrine. Un frisson de panique le submerge, jusqu'à ce que le deuxième vagabond nocturne n'intervienne et abaisse vivement le blaster vers le sol en murmurant quelque chose à son camarade ; probablement que tirer un coup de feu en pleine nuit dans une garnison républicaine armée jusqu'au dent n'était pas forcément une bonne idée. Puis Salao croisa le regard de cette fameuse personne ; et s'en fut fini de sa raison.

C'était une jeune humaine, probablement 24, 25 ans. De longues jambes annonçant une taille fine, un corps svelte et gracieusement taillé. Une poitrine de petite dimension, mais parfaitement galbée et enserrée dans sa combinaison moulante, laissant apparaître les formes sculpturales de la voleuse. Son cou gracile expose une peau d'albâtre, qui remonte vers un visage angélique. Une bouche timide, des lèvres roses et fraîches ; des joues rehaussées par des pommettes rondes et adorables qui viennent souligner les deux émeraudes serties sur cette Vénus de la nuit. Ses sourcils finement taillés lui donnent un air amusé et heureux, mais au fond de son regard c'est la détermination, peut être une pointe de tristesse, qui trônent. Enfin, ses longs cheveux bruns retombent délicatement en une couette sur son épaule droite, légers comme l'onde. Salao devait sûrement paraître tout à fait ridicule, debout devant l'entrée, à moitié nu, la bouche entrouverte. Mais il ne s'en souciait pas. Il n'aurait pas pu dire à cet instant lequel, entre le visage de la jeune rôdeuse et le gigantesque symbole républicain du mur, resplendissait du plus brillant et sublime éclat. Avant même qu'il ne réagisse, les deux ombres avaient disparus avec leur butin dans les ténèbres de la salle, et il se retrouvait seul, foudroyé, et parfaitement idiot. Il décide au bout de quelques minutes de retourner au dortoir, pas encore bien conscient des événements passés et à venir.




Il est 13 heures. Au grand complet, la nouvelle promotion de recrues s’apprête à passer le test de leur vie. Mais pour l’instant, tous et toutes sont alignés comme des poireaux, saluant, au beau milieu d’un vaste terrain d’entrainement en extérieur. Tout est parfaitement retranscrit : la boue, les cratères, les fausses épaves de blindés, les faux cadavres… Même l’odeur de charnier est là. A quelques dizaines de mètres, en hauteur, une plateforme lévite, le symbole de la République affiché comme un pare choc. Et là-dessus, une dizaine de hauts gradés tirés au hasard, plus le sergent instructeur et le général Garza. C’est la première fois que Salao voit un général ; mais l’admiration est quelque peu nuancée par la crampe qu’il était en train de choper au bras. Quand le SI annonce enfin « Repos » dans l’amplificateur de la plateforme, on aurait pu palper le soulagement de toutes les recrues en manque de sommeil. Le vieux con poursuit :

-Messieurs, mesdemoiselles, aujourd’hui est un tournant dans votre vie. C’est un jour à marquer d’une pierre blanche ; le jour où, pour la plupart d’entre vous, vous allez intégrer officiellement le Corps d’Armée de la République Galactique. Je ne peux pas m’empêcher de repenser à ces trois années à vous former, à vous…

Et bla, bla, bla. Quel faux cul celui-là. Où elles sont passées les « petites tarlouzes » et les mauviettes des trois dernières années hein ? Le jeune Sorcl est nerveux, très nerveux. Encore plus que d’habitude. Se ridiculiser devant toute la promo, ça, passe encore ; ça faisait juste trois ans qu’il le faisait tous les jours. Mais devant un état-major… Il n’a pas peur pour ses compétences physiques, ou en stratégie, ou même de se vautrer. Non, ce qui l’effraie, c’était ses mains qui le trahiraient dès qu’il faudrait tirer un coup de feu. Aujourd’hui , pour l’examen final, chaque groupe de recrues allait passer à tour de rôle sur l’immense terrain pour y affronter des droïdes d’entraînement . Le but du jeu était de simuler une vraie bataille, avec un gradé de l’académie à la tête de chaque groupe pour mener l’assaut contre un bunker. Toutes les compétences du soldat allaient être mises à l’épreuve : endurance, habileté au tir, faculté à suivre les ordres… Les pontes observeront la bataille de leur plate-forme et délibéreront en temps réel sur chaque recrue en lui attribuant une note. Tiens, on dirait que le sergent-mes-fesses a fini.

- …fierté. Bien, le groupe aurek passe immédiatement. Chaque groupe prendra environ une heure, donc les autres, vous pouvez aller vous préparer ou vous reposer en vue de l’épreuve. Rompez.

Mouais. Encore deux heures à attendre, donc. Sur sa droite, le même connard de Zabrak lui jette un regard provocateur ; il n’a jamais vraiment compris pourquoi ce type lui en voulait personnellement. Qu’importe, lui finira premier du groupe ; gradé, avec une jolie petite solde et des responsabilités. Alors que Salao finirait sans doute à la rue, ou à bosser dans je ne sais quel bouibouis crasseux de la planète.

Sur la plate forme, à l'abri des amplificateurs, le SI s'adresse à son invitée:

-Nous allons commencer, Général. Prenez place, je vous en prie.

-J'avais compris, sergent. Faites au plus vite, j'ai foutrement autre chose à faire de mes journées.

-Hum... oui, certes.





L'attente fut longue et ennuyeuse. Pour se calmer, et passer le temps, Salao avait décidé d'engloutir tout ce qu'il pouvait trouver de Kah'Fe, bien qu'il détestait cette horreur de liquide noir et amer. Résultat, il était plus énervé et stressé que jamais, alors que les recrues du groupe Dorn, lui en tête, prenaient place sur la ligne de front du terrain d'exercice. Il tenait le plus fermement possible son blaster d'entraînement, réglé sur une fréquence non létale. Ses mains tremblent. La recrue à sa droite, une jeune femme noire de peau, le regarde avec un sourire triste. C'était la première fois en trois ans que leurs regards se croisaient, pourtant il y avait dans cet échange, en cet instant précis, une certaine complicité. Les mains de la jeune femme tremblent, elles aussi. Devant eux, debout au bord d'une tranchée, un gradé des régulières les toise, mains sur les hanches. Son discours est clair et précis: rappel des règles, de l'objectif, le fameux bunker. Et surtout suivre les ordres, qu'importe le prix. Un truc étrange, aucun groupe n'avait l'autorisation de regarder les autres passer, et on n'avait eu aucun contact avec les recrues des groupes déjà passés. Ils avaient déjà dû être emmenés pour un débriefing, se dit Salao.

Et l'épreuve commence. La recrue Sorcl sue à grosses gouttes sous son casque, qui lui semble maintenant peser des tonnes, qui l'étouffe, le serre. Il fait mine de se reculer vers l'arrière de l'escouade, qui progresse dans les tranchées alors que les premiers tirs de droïdes filent au dessus de leurs têtes. Il ne veut surtout pas se retrouver en première ligne ; pour maximiser ses chances, il vaut mieux pour lui ne pas affronter trop de droïdes. Ses rêves ne sont plus là. Les victoires ont disparues, les arrivées triomphantes aussi. Il n'y a plus que la honte, écrasante, profonde, qui lui donne envie de chialer. Devant, il distingue très nettement le géant Zabrak, qui commence lui à s'accouder à une tranchée pour ouvrir le feu. Que faire ? Tenter de dissimuler ses tirs ratés dans la masse des autres ? Abandonner tout de suite ? Sans s'en rendre compte, il reste immobile, parfaitement idiot, dans la boue du champ de bataille, avant qu'un de ses camarades ne le bouscule en lui criant :

-Qu'est ce que tu fous, abruti ? Remue toi !

Il décide d'avancer jusqu'à la ligne de tir qu'ont formés les autres, et d'aviser. Il se plaque contre la paroi boueuse, se relève, et tente au moins d'aligner un tir. Le réticule de son arme bouge sans cesse. impossible de viser correctement. Il tire. Encore. Les traits lumineux de son arme se perdent à plusieurs mètres des droïdes, alors que ces derniers tombent sous le feu de ses camarades. Il jette un coup d’œil à la plate forme en hauteur ; les minuscules silhouettes des hauts gradés ressemblent à des dieux en colère, leur foudre prête à s'abattre sur lui. Alors que les forces ennemies semblent anéanties, leur chef de groupe grimpe sur le champ de bataille en faisant signe de le suivre. Une recrue le suit. Soudain, c'est un océan de feu qui s'abat sur les deux imprudents. Des renforts droïdes sortent de derrière le bunker où ils étaient camouflés. Le gradé s'écroule dans la boue, alors que la recrue, touchée de part en part, tombe à genoux en criant sous les brulures infligées par les impacts. Lorsqu'il réalise sa "mort", il crie de nouveau, de rage cette fois, avant de jeter son blaster à terre. Le reste du groupe, toujours abrité, reste pantois. Un twi'lek, devant, tente de demander au sergent à terre ce qu'il se passe. Pas de réponse. Il joue son rôle. Évidemment, c'est pour ça qu'il n'y avait pas eu de contacts avec les autres groupes. Ils voulaient ménager l'effet de surprise. Une escouade complète de recrues, sans chef, devant un nombre renforcé de droïdes qui ne diminuent pas la pression des tirs. Au bout d'une minute, quand tout le monde a intégré les événements, il faut se décider ; élire un nouveau chef d'escouade, et reprendre l'assaut. Tous se regardent en chien de faïence. Un seul prend la parole:

-Je pense que ça devrait être Kri'yok. C'est le meilleur tireur de nous tous, et le major de promo jusqu'à présent.

Le fameux Kri'yok ; le zabrak, la bête noire de Salao. Évidemment, qui d'autre. Sous son casque, on ne peut voir la réaction de l’intéressé, mais sa jubilation est presque palpable. Il prend la parole:

-D'accord, j'accepte. Voilà le plan, on tente une attaque frontale par vagues, en cadran 9. La moitié de l'escouade reste ici pour couvrir l'autre moitié qui avance le plus possible. N'hésitez pas à utiliser vos grenades, il faut une couverture optimum pour minimiser les pertes.

Salao écarquille les yeux. Ses oreilles non plus n'en revenaient pas. Les autres recrues ne bougent pas non plus, se regardent furtivement les uns les autres. Finalement tous commencent à se mettre en position, en deux rangées. La recrue Sorcl ne bouge pas d'un cil. Son cerveau turbine à cent à l'heure.




Sur la plate forme, après le faux décès du gradé, tous avaient redoublé d'attention. Le vrai test commençait ici et maintenant. Le général Garza plissait les sourcils, le tour commençait à s'user un peu. Lorsque le grand zabrak fut nommé chef d'équipe, le sergent instructeur se pencha vers elle, un petit sourire aux lèvres.

-Ils ont de l'intuition: ce gars est sûrement la meilleur recrue de la promo.

-Oui, d'après ce que j'ai vu, il tire bien.


Enfin, les recrues commencèrent à former les rangées. Le froncement de sourcils du général redoubla d'intensité, puis elle se cramponna aux accoudoirs de son siège, penchée en avant. Le sergent la regarde, interloqué, avant de s'enquérir du problème qui venait de lui prendre. Elle se contente d'un:

-C'est un bon tireur, mais c'est tout.

Avant qu'un homme, resté en retrait depuis un moment ne s'avance et prenne à part le tout nouveau chef d'équipe. Le général poursuit, sans regarder son voisin estomaqué par les événements en contrebas:

-Maintenant, ça devient intéressant.




Quarante trois mètres plus bas, Salao traverse les rangs de ses collègues et s'approche du zabrak en criant:

-Un cadran 9 ? Mais t'es complétement abruti ou quoi ? On va se faire massacrer, leurs rangs sont bien trop serrés !

-Quoi, la femme de ménage a quelque chose à redire à mes ordres ?


Salao bout intérieurement. Il sait qu'il a raison. Un cadran 9 frontal en ligne serrée, c'est de la folie. Le zabrak et lui sont proches, à peine dix centimètres, leurs casques se collent presque.

-T'es pas encore gradé, connard. Les seuls ordres que tu peux donner c'est à ton cul.

Le coup de boule du géant est fulgurant, mais Goliath semble oublier que les casque sont là pour amortir les chocs, surtout à si petite distance. En revanche, lorsque Salao se saisit de son arme et envoie un gigantesque coup de crosse dans le dit casque du leader, c'est le corps entier qui décolle du sol pour se rétamer lamentablement dans la boue. Salao jette un coup d’œil sur la plate forme. Plusieurs gradés se sont levés, dont le sergent. Mais après quelques secondes, on croit entendre, par dessus les tirs de blasters qui continuent de fuser au dessus de leurs têtes, une voix forte et impérieuse. Tout le monde se rassied tranquillement, sauf le général Garza, qui ne s'était pas levé. Salao atterrit. Ça faisait des années qu'il avait envie de faire ça. Il profite que son adversaire reprenne ses esprits pour s'adresser à tout le groupe.

-Écoutez moi ! Je sais que je suis pas vraiment la meilleure recrue de la promo, mais la stratégie de cet abruti là, c'est du suicide ! Alors voilà ce qu'on va faire: double front désynchronisé en passant par la crête à droite et la tranchée à gauche. La section de la crête progresse pendant que l'autre moitié couvre son avancée d'ici, et une fois le point culminant atteint, elle se sert de son avantage de point de tir pour couvrir le groupe de support qui entame sa progression sur le flanc gauche. Puis on finit le boulot en feu croisé sur deux niveaux, avec détonateurs frags et flashs pour confondre les lignes ennemies. Normalement on devrait avoir un minimum de pertes.

Ses camarades n'en reviennent pas. C'est la première fois qu'il prenait la parole comme ça depuis trois ans, le même mec qui se faisait piétiner par le SI et les autres recrues à longueur de journées. Derrière lui, le zabrak se relève péniblement, une main sur son casque. C'est le silence absolu dans les rangs. Puis une voix féminine s'élève du groupe ; la voix de la jeune femme qui accidentellement avait croisé le regard de Salao avant le début de l'épreuve.

-Moi je le suis ! C'est toujours plus intelligent que foncer comme des brutes à découvert.

-Ouais, moi aussi je suis.

-Ok.

Bientôt, c'était presque toutes les voix des recrues qui approuvaient le plan du jeune Salao Sorcl. Lui se tient debout, devant eux. Les regards sont fixés sur lui. On prête attention à lui, on ne se moque plus. On l'approuve. Une sensation étrange lui parcourt l'échine, un frisson revigorant. C'était donc ça, diriger ? C'est foutrement bon, pense la jeune recrue. Il hoche la tête et se met en place conformément à son plan. Tous font de même, même le zabrak ne bronche pas. Salao lance la progression ouest du bras droit, puis aligne son fusil vers les lignes ennemies pour entamer un tir de couverture avec l'autre moitié du groupe Dorn. Sa prise est ferme. Il ne tremble pas. A l'intérieur de son casque, c'est un minuscule sourire qui s'affiche, avant qu'il n'ouvre le feu.




19h. L'ensemble des étudiants de l'académie est assis dans la grande salle, réaménagée pour l'occasion. Le général Garza est là, assise à la gauche du Sergent Instructeur, debout, qui annonce à la suite les noms des nouveaux promus pour les forces de l'Armée Républicaine. Le monde n'existe plus. Salao est ailleurs. Ses rêves sont revenus. Il a donné son premier ordre aujourd'hui, remporté la première de ses victoires. Sa torpeur prend fin lorsque son nom est prononcé.

-Sorcl, Salao.

Il se lève, marche lentement dans l'allée jusqu'à l'estrade des gradés. Salut. La tronche du SI est particulièrement crispée, presque frustrée. Il croise le regard, juste une seconde, du général ; ça lui donne le vertige. Enfin la voix de son pire ennemi de trois années retentit telle une cloche salvatrice.

-Éclaireur de la République, deuxième classe, troisième régiment.



FIN


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